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Où est DieuE ? Enquête philosophique en basse-ville de Québec

En ce mitan de l’année, dresse l’état d’avancement des grands objectifs que tu t’es fixés. - Rob Brezsny


En ce mitan de l'année, en ce début de mercure rétrograde, le temps est à la revisite de nos aventures. Alors conséquement à ce conseil de Rob Brezsny, cette semaine je vous parle d'un projet que je mène depuis quelque temps.


Il y a deux mois, j'ai commencé un nouveau projet de création : un vidéo-collage construit à partir d'images d'archives de la Ville de Québec. Et comme ma démarche d'art social finit toujours par déborder dans la vraie vie, toutes les occasions deviennent bonnes pour lancer une drôle de question aux inconnus que je croise :


**« Selon vous… où est DieuE ? »**

(Parce que oui. Je suis partie en quête de sens pas à peu près.)


Je suis donc partie chercher DieuE en basse-ville de Québec.


D’un point de vue terre à terre, je voulais avoir accès facilement à du matériel photographique et, on va se le dire, trouver des images de notre patrimoine religieux, c’est facile au Québec !

Des églises, on en a construit en quantité industrielle. Notre mémoire collective en déborde. L'enfance des boomers, celle de leurs parents... des baptêmes, des processions, des clochers et des messes de minuit… impossible d'y échapper.


Mais dans l’absence de réponse universelle, je soupsonne que DieuE est une vieille fugueuse. Une femme débrouillarde ! Chaque fois que je pense arriver à sa porte, quelqu'un.e m'indique une autre direction.


« Va voir à la place Laurier. »

Les consommateurs m'envoient vers les enfants.

Les enfants pointent les arbres.

La nature me renvoient vers une vieille dame qui nourrit les pigeons.


« Moi, je ne sais rien. Mais assieds-toi deux minutes. »


Et chaque fois que je m'assois deux minutes avec quelqu'un.e, DieuE semble me traverser d’une étincelle. C’est peut-être moi le Pigeon à qui Elle tend des miettes de sens.




J’ai même pensé appelé à l'Hôtel-Dieu pour demander si Dieu était disponible. (Même si, avouons-le, la vieille blague de Pérusse reste excellente. « Hôtel Dieu bonjour — je voudrais parler à Dieu. — Désolé, y'a pas de Dieu ici… À l’hôtel Dieu, pas d’DieuE, pas d’Hôtel »)


Collage analogique réalisé à partir d'images d'archive de la Ville de Québec
Collage analogique réalisé à partir d'images d'archive de la Ville de Québec


Depuis, j'ai cherché DieuE avec un homme d'origine Wendat devant la bibliothèque Gabrielle-Roy, avec les boys du bar Chez Girard pendant les séries (Go Habs Go), j’ai aussi parlé avec un couple de grands-parents assis sur un banc de parc, déménagé à Québec pour prendre soin de leurs petits enfants. J'ai raté le terrain du charme pendant des dates Tinder (ce qui explique probablement pourquoi certains ne m'ont jamais rappelée d’ailleurs!) et avec mon entourage immédiat évidement. Sans oublier mes allié.e.s, l'équipe du projet : David, l'archiviste; Dale, l'historien; Alix, la poète.


À ce jour, ma quête compte l’apport de plus d’une vingtaine d'humain.e.s rencontrés dans la basse-ville de Québec.


Une chose m'a frappée.

Très peu de gens m'ont répondu que DieuE n'existait pas.

(Une seule personne, si ma mémoire est bonne.)


Tout le reste ressemblait davantage à une enquête collective.

Les indices s'accumulent :


1. DieuE est peut-être une femme. Après tout, plusieurs m'ont fait remarquer que si les prêtres avaient eu le droit de se marier comme dans d'autres traditions religieuses, notre histoire aurait peut-être pris une autre tournure. - j’ai donc ajouté un E majuscule à DieuE dans ma quête.


2. DieuE habiterait à l'intérieur de soi. À force de le chercher partout ailleurs, on finirait surtout par se donner mal au coeur.

(Il y a un vieux conte qui explique que DieuE aurait été caché à l’intérieurieur de nous. Le seul endroit ou nous n’irions jamais le chercher.)


3. Les manifestations sociales et politiques auraient remplacé les anciennes processions. On y retrouve cette étrange sensation d'appartenir à quelque chose qui nous dépasse, de marcher ensemble pour défendre une valeur plus grande que nos intérêts individuels.


4. D'autres pensent que nous avons simplement changé de divinités. La consommation, la performance, la productivité : de nouveaux dieux très exigeants, qui réclament eux aussi leurs sacrifices.


Et je continue de suivre les indices.


5. Un soir de cuisante défaite du Canadien (triste moment qui venait de signer la fin de cette saison épique) une connaissance de taverne m'a lancé une réflexion inattendue. Il m’a fait réalisé que la séparation de l'Église et de l'État au Québec ressemble presque à un divorce à l'amiable.


J’ai réalisé qu'il n'avait peut-être pas tout à fait tort.


Quand on regarde l'histoire, les séparations entre pouvoir politique et pouvoir religieux se terminent souvent dans le sang. Personne ne recule humblement devant son pouvoir ! Mais ici, malgré toutes les blessures, quelque chose s'est déplacé autrement, nous sommes un peuple de peu de vague… Mon hypothèse est que l'Église arrivait aussi au bout d'une crédibilité profondément minée par les violences qu'elle avait couvertes. L’institution cléricale devait se détacher sans revendiquer un pouvoir légitime.


À mesure que cette enquête avance, je confirme surtout que je ne cherche pas une religion. Je cherche les endroits où notre société cache encore son besoin de sacré… Où avons-nous cacher DieuE ?


Parce qu'on peut très bien quitter une Église sans cesser de chercher quelque chose de plus grand que soi. Et je commence à reconnaître les endroits où elle refuse désormais de vivre.


Et, ces jours-ci, un nouvel indice s'est glissé dans ma quête.


« *As-tu déjà lu : Soufi, mon amour* ? »

Eh bien non.


Mais me voilà maintenant happée par ce roman, comme si quelqu'un venait discrètement de déposer une autre piste sur le chemin. « La voie vers la Vérité passe par le cœur. »



J'ai refermé le livre avec une drôle d'impression. Comment un roman qui cherchait DieuE avait-il pu arriver, presque par hasard, jusqu'entre mes mains ? Un signe ? Un hasard ? Une coïncidence ?




Quelques jours plus tard, on cogne à ma porte.

Pas à la porte d'en avant. Celle de la cour. Je suis au deuxième étage et jamais un.e inconnu vient à cette porte arrière. C'est la porte des initiés, pas des visiteurs.

Je suis évidment surprise. (En plus d'être endormie.)


Une femme, qui pourrait être ma mère, se tient devant moi. Fatiguée. Épuisée. Écorchée par une vie dont je n'imagine qu'une infime partie. Cet hiver, j'ai côtoyé l'itinérance d'assez près pour savoir que certaines histoires ne tiennent plus d'bout tant elles sont lourdes à porter.


Plusieurs diront peut-être que j'ai été imprudente. (Je lui ai simplement offert ma salle de bain. Puis un café. Sans aucune mefiance.)


Elle m'a raconté avec ses larmes quelques fragments de ce que vivent les femmes dans la rue. Des violences ordinaires. Tellement quotidiennes que même des preuves accablantes - devant caméra - ne permette même pas de porter plaintes…


Nous vivons dans une société qui continue de fabriquer des proies pendant qu'elle prétend protéger les plus vulnérables.


En l'écoutant, une pensée m'a traversée. Depuis des semaines, je demande aux gens où est DieuE. Et les contes et les poètes le dessine dans le coeur…

Voilà que quelqu'une frappe chez moi.


Je ne sais pas si c'était une manifestation de DieuE. Je suis philosophe, non pas médium. Je sais seulement que, ce matin-là, je lui ai ouvert la porte.


L'enquête continue.

Mais je rappel que si les contes fonctionnent exactement ainsi.

On croit partir à la recherche d'un trésor extraordinaire.

Puis un jour, il prend l'apparence d'une personne ordinaire, et tout ce qu’Elle nous demande, c'est un café et une cigarette. (Et oui, peut-être que DieuE fume aussi quand Elle est impliquée, malgré Elle, dans nos guerres et nos peines)


Et toi ?

En ce mitan de l’année, quel est l’état d’avancement des grands objectifs humains que tu t’es fixés.



Vous avez envie de lire votre horoscope de la semaine ? https://www.courrierinternational.com/horoscope


Voici également la météo astrologique de juillet, si jamais ;) https://youtu.be/ZBhrhbkgXu8?si=wLOPKnJPdmf8J3kk


Vous avez hâte de voir mon film :) Dès la fin de l'été il sera projeté sur le mur de la bibliothèque Gabrielle-Roy.

 
 
 

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1 commentaire


lyne-guay
03 juil.

Intéressant Gabrielle, tes enquêtes sur DieuE sont des saveurs de récits philosophiques. Le sens de ce mot qu'on ose plus prononcer, trouve un coeur à coeur avec les gens rencontrés. Et, si DieuE était ce coeur à coeur, amour inconditionnel et incommensurable que l'on dit divin...qui nous dépasse par son enchantement. Merci Lyne 😍

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