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La saison des amitiés sincères (ou qu’est-ce que l’amour ?)

Dernière mise à jour : 14 juin

«Quels talents secrets n'as-tu encore jamais pleinement livrés au monde ?»

— Rob Brezsny, astrologue



Je lis l'horoscope de l'anarchoastrologue Rob Brezsny tous les jeudis, depuis une dizaine d'année. Je me laisse portée par chacune de ses question, parfois comme un caillou dans la chaussure. Au fond, cette semaine, la réponse est simple et terrifiante à la fois : ma capacité à me livrer. À penser à voix haute. À écrire depuis l'endroit qui fait mal parce que je suis de celles qui savent vivre dans l'inconfort, pas pour me plaindre, mais pour créer un lien philo-sensible avec celles et ceux qui reconnaissent le même endroit en eux.

C'est le pari que je reprends ici, avec ce blogue - en cette nouvelle lune de juin.




«Être avec quelqu'un, c'est d'abord ne pas lui imposer sa présence.» — Simone Weil (ou Christian Bobin ?)


Voici une bien drôle de citation pour ouvrir ma réflexion sur la nature des relations humaines. Je, Gémeaux, n'ai pas le don de passer inapercue !


Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'ai trouvé l'hiver long !

Ce fut une année de grande transition — j'ai croisé le regard d'innombrables personnes à fleur de larmes dans les derniers mois. Deuil, impuissance, colère et grande fatigue portés dans les yeux de presque tout le monde.

Alors j'écris ici pour revenir vers l'autre. Pour réfléchir à l'amitié.

Après 25 ans de thérapie, parler de moi est probablement la chose la plus facile qui me soit donnée de faire. Je fais partie de ces grandes brûlées qui vivent avec la vulnérabilité dans l’ordinaire - au quotidien.


En mars dernier, toutes les planètes du ciel s'inclinaient dans une valse astrale pour nous offrir une mise à jour cosmique. Le Bélier, notre force motrice fondamentale, faisait peau neuve. 

Nous avons tous du Bélier quelque part dans notre carte du ciel. Oui Oui Et j'aime beaucoup les histoires invisibles et cosmique qui expliquent nos vies par un ordre plus mystérieux. Ça reste un conte, mais au moins celui-là il est collectif.


Dans ma disposition astrale, c’était la zone de ma vie qui organise et stabilise les relations humaines autour de moi. Contrat prfessionnel, entente parentale, amour, amitié, bref: définition des critères de réussite relationnelle sur tous les plans. Rien n'y a échapé.


Qu’est-ce qu’une relation de confiance? Voici la question qui m'a glacé le sang tout l'hiver.  






Et comme Francoise Hardy le chantent si bien :

Beaucoup de mes amis sont venus des nuages… 



la saison des amitiés sincères 

La plus belle des quatre de la terre





Mon ex (appelons F.) m’a quitté en septembre dernier - il m’a texté notre fin comme suit  : 

Nous n’avons jamais été amis. Nous n'avons aucun atôme crochus. Tu m’as empêché d’exister pendant 4 ans. Cette histoire était une erreur. 


HEU......... Bin voyons donc ! kessessa ? 



Ces mots-là, on ne les dit pas à quelqu'un qu'on a aimé. Jamais. Même si on est épuisé et/ou en colère. Mais où est donc passé la galanterie de prendre soin de nos amours ? Encore et surtout, à la fin. (Je sais, je sais... ce n'est jamais facile terminer une relation)


Si Simone Weil écrit que l'attention est la forme la plus rare et la plus pure d'amour, alors l'attention portée à bien clore nos relations est un cadeau. Une dernière fleur.  Une façon de ne pas replanter un poignard de plus dans nos petits coeurs amochés. Simone propose de se retenir d’agir, nous agissons toujours trop et nous nous répandons sans cesse de façon désordonnée. Et alors, c'est laisser à d'autres - les suivants - la responsabilité de soigner les conséquences de nos actions, et le cycle continue...


Je repense à Karaba la Sorcière, dans Kirikou. Je crois que je suis une de ces sorcières. Incapable de retirer seule l'épine plantée au milieu de mon dos. Et personne ne veut y toucher, ni même la regarder, cette blessure. Mais on me la reproche sans aucune gêne par contre. 



Une personne m'a déjà dit : nos traumatismes ne sont pas l'histoire de nos amies, de nos chums ou de nos blondes. Ils nous appartiennent, on ne peut pas les laisser déborder dans nos relations. 


Ça ne fait aucun sens pour moi. Nul ne peut être en relation sécuritaire si nos traumatismes doivent rester accrochés au crochet de l'entrée d’une relation. Et veut-on d'une amitié non-sécuritaire ? Ou supperficielle ?


J'imagine le tapis d’entrée : 

Chers amiEs, bienvenue.

Veuillez laisser vos traumas à l'extérieur. 

"Good vibes only" (soleil, clin d'oeil)

               signé : une amie de marde ?



Alors... à quoi ça ressemble, une amitié qui accepte de regarder l'épine empoisonnée de l'autre devant soi ?


J'ai envie de l'imaginer comme un endroit. Un nuage, peut-être — comme ceux dont parlait Hardy. Un nuage qui reste sur le territoire, parfois protègeant du soleil, parfois menancant d'éclaté.

Un endroit où je peux dire : j'ai mal.

Et que l'autre ne prend pas la porte — parce qu'il sait que c'est ma douleur. Il n'en est pas la cause. Mais il est responsable de quelque chose d'autre, de plus fondamental : sa présence humaine à l'autre.


Parce qu'on le sait, les enfants blessés restent dans des relations souvent difficiles, et c'est ainsi que le trauma relationnel complexe — le TSPT complexe — s'enracine. Et il se réveille inévitablement en relation. Il ne reste pas sagement accroché au crochet de l'entrée parce qu'on lui a demandé poliment.


Dans la foulée de mon reset astrologique, j'ai également perdu ma meilleure amie — appelons-la M. Elle a vu mes larmes, mes cris, mon être entier perdu dans la violence d'une séparation vulgaire et incohérente. (Je déteste l'incohérence.)


F. m'a claqué la porte au nez. J'ai claqué la porte au nez de M. Nous nous sommes tous claqué des portes, comme des gens qui ne savaient plus comment exister dans l'inconfort de l'existence.

Et je me suis retrouvée seule, comme une chienne contaminée par la rage.

J'imagine que j'ai tellement appris à dire au revoir avant que les gens partent réellement, qu'aujourd'hui je laisse la porte ouverte. Ce sera plus facile pour l'autre de quitter rapidement.

C'est épuisant. Et ça ressemble à de la folie, pour ceux qui ne savent pas lire le langage silencieux des cicatrices de l'âme.






L'amitié a des lettres de noblesse face à l'humanité. Face à l'équilibre fragile du monde. 

C'est peut-être le lien le plus libre qui nous soit d’ailleurs donné d'établir, sans contrat légal, sans biologie, sans obligation sociale. On choisit l’amitié. On rechoisit nos amitiés à tous les jours. Chaque fois.



Alors, quoi répondre à tous ces hommes que j'espère charmer et qui me disent : Il n’y aura pas plus entre nous, mais il pourrait y avoir une belle amitié, si tu veux. Est-ce une forme de consolation ? Comme le lot de participation ? L'amitié comme ce qu'on propose quand on ne veut pas donner le reste ? moi qui cherche à chérir l'amitié comme la plus haute des formes d'amour... Nous ne parlons pas de la même chose. 


Vous avez été plusieurs à me faire cette proposition depuis janvier 2026.

Pfff....... On ne nait pas amiEs, on le devient...



Mais j’y reviens : être avec quelqu'un, c'est d'abord ne pas lui imposer sa présence. Vous ne trouvez pas cette affirmation déroutante? Je la trouve horrible.


Être avec quelqu'un, c'est accepter que l'autre existe en dehors de soi.  Que ses rythmes (physiques, psychologiques, existentiels) sont différents des nôtres. Et que cette différence n'est pas une menace.

Comment deux rythmes différents peuvent-ils s'accorder sans se blesser ?


Quand on a peur d'être abandonnée, la présence devient une stratégie de survie. On remplit l'espace. On parle plus fort quand l'autre se tait. On avance quand l'autre recule. On croit tenir le lien : je voudrais barrer la porte et te garder plustôt que de te la clauqer au nez.


Ce n'est pas de l'amour. C'est de la peur qui porte une cape d'amour.


Une amitié sécurisante, c'est peut-être d'abord deux personnes capables de se synchroniser. D'entendre quand l'autre a besoin de silence — et de ne pas l'interpréter comme un rejet. De sentir quand l'autre s'éloigne — et de ne pas courir.

Et surtout — rassurer l'autre avec ces mots simples :

J'ai besoin de temps. Mais je reviendrai. Dans deux jours, dans deux semaines, dans deux mois. Je sais que tout ton corps croira que je t'abandonne. Ce n'est pas le cas.

Je reviendrais pour et avec toi, et nous en reparlerons.    À cœurs reposés.


Car le temps n'a rien à voir avec l'argent. Le temps est en relation avec l'amour : avec l'espace en constante expansion.






En cette lumière de juin - ce point de bascule où la lumière est à son zénith avant de doucement reculer - je choisis de croire que cette saison existe.


La saison des amitiés sincères. La plus belle des quatre de la terre.


Peut-être qu'elle commence maintenant.

Dans ma capacité de me livrer, pour sortir de mon hivernation avant la fin de l'été ! Peut-être qu'elle commence ici : dans cet espace entre toi qui lis et moi qui écris. Deux personnes qui ne se connaissent pas encore tout à fait, mais qui cherchent la même lumière. Je repense à tous ces visages à fleur de larmes qui ont croisé mon chemin cet hiver.


Je ne suis pas seule. Vous n'êtes pas seuls.

Nul ne peut vivre seul dans la souffrance. Et nul ne devrait avoir à le faire.


Alors prenons soin d'offrir de belles fins à nos histoires qu'elles soient d'amour, d'amitié, de toutes les formes que prend le lien entre deux êtres qui ont essayé. C'est peut-être la plus belle des attentions. La dernière fleur

GH



Si vous désirez en savoir plus sur des sujets abordés ici, et vous envie que ce soit accessible et digeste comme informations ? Voici deux podcast à découvrir : 

Prendre soin - de Charles-Auguste Lehoux *Vivre avec de la douleur chronique, les traumas, le système nerveux Résonance - de Vanessa DL *Transit astro en Bélier (épisode 36)

 
 
 

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